• Saint Jean-Chrysostome: Les huit catecheses baptismales

    Jean Chrysostome : les catéchèses baptismales

    La collection « Sources chrétiennes » fêtait, en 1957, son 50eme numéro en publiant « Huit catéchèses baptismales » inédites de Jean Chrysostome découvertes par l’érudit savant assomptionniste, le P. André Wenger (1924-2012). En m’appuyant sur les recherches du P. Wenger exposées amplement dans l’introduction de « Sources chrétiennes », no 50, je présenterai dans cette contribution l’esprit dans lequel le grand théologien du IVe siècle, Jean Chrysostome – Bouche d’Or (344/347-407) entendait exposer son enseignement catéchétique au catéchumènes, le message qui faisait le cœur de ses catéchèses et le vécu dans la foi au Christ ressuscité auquel s’engageait les néophytes par la réception du baptême.

    Avant de devenir évêque de la plus importante métropole dans l’Empire oriental, Constantinople, Jean Chrysostome s’était fait une grande réputation de prédicateur comme prêtre à Antioche, chargé pour faire la catéchèse aux catéchumènes, entre 386-398. Ses enseignements avaient, principalement, comme objet l’explication du Symbole nicéno-constantinopolitain, tel qu’il a été débattu, fixé et signé par les Pères conciliaires de Nicée, en 325, réunis pour mettre fin à la doctrine propagée par Arius, curé d’une paroisse d’Alexandrie, et de Constantinople, en 381, réunis pour lutter contre les pneumatomaques sous la direction de l’évêque de la ville impériale, Macedonius. Le prédicateur exposait, par la même occasion, la signification et les symboles des rites baptismaux, que la littérature de spécialité nomme « catéchèses mystagogiques », c’est-à-dire des catéchèses qui expliquent aux néophytes, durant la semaine après Pâque, les rites sacramentaux vécus durant la nuit pascale. Jean Chrysostome lui-même explique le sens qu’il entend donner à ses catéchèses en partant de la signification du mot : faire écho, résonner. Le Symbole nicéno-constantinopolitain doit résonner, faire échos dans l’âme du néophyte parce qu’il deviendra désormais sa nouvelle « carte d’identité ».

     

    Les huit catéchèses baptismales

    Jean Chrysostome présente chaque catéchumène comme un fiancé, car le baptême signifie le « mariage spirituel » entre l’âme et le Christ. Selon le témoignage biblique, la fiancée est celle qui quitte son pays, sa parenté pour s’unir à l’homme avec lequel elle ne fera désormais plus qu’un. Le Christ sera la mère, le père et l’époux de l’âme du fidèle. Dans ce contrat de mariage, le prédicateur exprime l’idée que l’époux est celui qui apporte les présents : son corps donné et son sang versé pour le rachat de la multitude, tandis que l’épouse vient avec le contrat : le renoncement à Satan et au péché pour s’unir au Christ. Les clauses de ce contrat sont contenues dans le Symbole que le prédicateur se sent obligé d’expliquer afin de permettre aux catéchumènes d’adhérer à la foi vraie, telle qu’elle a été proclamée par les Apôtres après avoir reçu la consigne du Christ ressuscite : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Le prédicateur insiste sur la nouvelle vie qui commence pour le fidèle une fois qu’il reçoit le baptême ; les hommes doivent se comporter en vrais hommes de foi et ne pas pencher l’oreille envers les hérésies qui ne font que détruire l’Eglise de l’intérieur ; ils doivent renoncer à certains métiers : soldat dans l’armée de l’empereur pour devenir soldat du Christ, peintre ou sculpteur pour ne plus induire les gens en erreur en leur vendant des images idolâtres, etc. ; les femmes également, doivent renoncer au fards et au maquillage, qui sont une insulte à l’adresse du Créateur et n’ajoutent rien à la beauté féminine ; mais Jean Chrysostome n’est pas d’une rigidité exagérée lorsqu’il impose aux femmes ces pratiques : « que celles qui ne veulent pas renoncer à cette funeste habitude évitent au moins de se farder quand elles vont à l’église ». Le chrétien doit rester loin de toutes les traditions païennes et/ou magiques : sorcellerie, astrologie, idolâtrie, fréquentation des théâtres où ont lieu toutes sortes d’orgies à connotation sexuelle, etc. Le baptisé commence une nouvelle vie et cela doit se voir dans son comportement, dans sa façon de s’habiller et de parler. Il doit être un exemple de vertu et montrer qu’il vit de l’espérance en la résurrection et que la vraie vie n’est pas ici sur terre, mais dans la paradais, lorsque le Christ introduira tous les rachetés. C’est pourquoi tout chrétien qui devient un scandale pour les autres doit être regardé avec suspicion et averti pour qu’il soit corrigé et cultiver plutôt la vertu.

    Durant la préparation au baptême, il y avait aussi le rite de l’exorcisme par lequel les catéchumènes étaient invités à quitter le péché et s’engager à vivre dans la lumière de la foi. Dieu est miséricordieux et il veut que tous les hommes soient sauvés (cf. 1 Tim 2, 4), c’est pourquoi la punition intervenue dans le monde par le péché d’Adam est maintenant transformée en salut éternel grâce à la mort et à la résurrection du Christ qui a pris sur lui le péché du monde. Lorsque Jean Chrysostome parle de tout cela se rappelle avec émotion le jour même de son baptême, en 372, et exprime en même temps le regret pour tous les péchés qu’il a commis encore depuis ce jour bienheureux. Ensuite, le catéchète explique aux catéchumènes les mystères qui vont être vécus lors de la descente dans la piscine baptismale, la mort au péché, et à la sortie ils sont attendus avec le corps et le sang du Christ pour signifier quelle sera désormais la nourriture qui donne vie et qui alimente en eux l’espérance de la vie éternelle. Egalement, à la sortie de la piscine ils reçoivent l’onction du saint chrême ce qui signifie que désormais ils appartiennent au Christ et que la nouvelle vie a déjà commencé en eux. Le baptême introduit les néophytes dans une arène spirituelle et la récompense de l’athlète est la vie éternelle. Même s’il arrive aux fidèles de retomber dans le péché après le baptême, Jean Chrysostome leur présente la croix du Christ qui englouti tous nos péchés. Il n’y a pas un second bain de renaissance, mais il y a le sacrifice du Christ offert une fois pour toutes en rémission pour les péchés : le Christ est l’Autel, la Victime et le Prêtre qui s’offre au Père pour la multitude.

    Une idée chère à Jean Chrysostome exprimée dans ses homélies baptismales est donc celle de « créature nouvelle » dans le Christ. Surtout après le baptême, les néophytes, durant sept jours, viennent à l’église et reçoivent des instructions sur comment il faut être chrétien : quelles sont leurs obligations morales qui résultent du baptême. Le but de ces catéchèses était celui de former la conscience des néophytes que les sacrements qu’ils viennent de vivre, baptême, confirmation et eucharistie, ont transformé leur vie et que désormais « c’est le Christ qui vit en eux » (cf. Gal 2, 20). Le Christ a implémenté en eux l’Esprit de force, de courage, de la sagesse divine qui les unis dans une et même famille chrétienne, comme membres de l’Unique Eglise du Christ. Ces catéchèses finissaient le samedi après Pâques par une célébration riche en sens et qui permettait aux néophytes de redire, une fois de plus, explicitement leur désir de vivre la nouvelle vie reçue dans le Christ par le baptême. Le soir du même jour on lisait la Passion du Christ, afin que les Grecs « ne disent pas : Vous montrez aux foules et aux peuples les actions d’éclat du Christ et ses hauts faits, mais vous leur cachez ce qui lui est arrivé d’odieux ; la grâce de l’Esprit a disposé selon l’économie que tout cela soit lu au jour de fête absolument public, lorsque les hommes en grand nombre, les femmes, et tout le monde en un mot est présent, à savoir le grand soir de Pâques. Et c’est en présence de tout l’univers que tout cela est proclamé à haute voix. Et après que tout cela est lu et reconnu de tous, le Christ est reconnu comme Dieu et adoré » (Hom 87 sur Matthieu, PG 58, 770b). L’exemple à imiter dans cette transformation baptismale est, sans conteste, saint Paul. Après son baptême il vit de la vie nouvelle dans le Christ au point qu’il ne comprend plus ses coreligionnaires pourquoi ils ne reconnaissent pas aussi en Jésus de Nazareth, le Messie annoncé depuis des siècles. Dieu est celui qui change notre nature, notre regard, notre volonté. Comme les dignitaires de la cour impériale qui portent avec fierté sur la poitrine la médaille avec l’image de l’empereur et évitent de faire ce qui pourrait déshonorer cette image, également les néophytes doivent s’engager d’éviter tout ce qui offenserait le Christ qui a mis sa marque ineffaçable en eux. Les hommes doivent voir en eux la grâce du Christ qui agit et qui l’inspire à accomplir des bonnes actions.

    L’ascèse est un autre thème de prédilection pour Jean Chrysostome dans ses homélies baptismales. Le fidèle doit devenir modéré dans le manger, le boire, les passions sexuelles, les vêtements, etc. Dans la tradition de l’Eglise, Chrysostome est resté comme étant l’un de ceux qui insistent le plus sur la vie morale du chrétien. Parfois il se montre même très durs envers ceux qui dénigrent le nom de chrétien en menant une vie légère et en devenant ainsi un scandale pour les autres. Les dispositions intérieures reçues au baptême ne doivent pas être gardées seulement deux, trois, dix ou vingt jours, mais dix, vingt, trente années durant, voire toute la vie. Le modèle en ce sens est toujours saint Paul qui a su vivre désormais uniquement du Christ : « ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Eph 3, 17). Le contre-modèle est Simon le Mage qui tout juste après avoir reçu le baptême voulut acheter des apôtres la grâce de l’Esprit Saint (Ac 8, 4-25). Le prédicateur exprime souvent sa déception lorsqu’il voit avec quelle vitesse les fidèles quittent les assemblées dominicales pour aller à l’hippodrome pour assister aux courses ou bien au théâtre pour voir des orgies sexuelles. Découragé, il prononce des homélies assez dures à l’adresse de tels chrétiens qui ont reçu en vain les saints sacrements le jour de Pâques et qui ont si vite oublié que le but de la vie du chrétien est avant tout de rendre gloire à Dieu. De tels chrétiens ont couvert d’un voile épais l’éclat de leur baptême, tandis que les néophytes doivent faire resplendir la lumière du baptême autour d’eux en gardant la pureté du cœur par la pratique des bonnes œuvres et la pénitence. Abraham, Isaac, Jacob, les prophètes et les autres personnages bibliques de l’Ancient Testament ont espéré voir la réalisation des promesses de Dieu, tandis que les chrétiens sont entrés en la possession des promesses et voient de leur yeux l’œuvre du salut accomplie par la passion, la mort et la résurrection du Christ. C’est pourquoi le chrétien ne doit pas se laisser absorber par les soucis mondains et par la vie matérielle mais aspirer, par une vie sainte, aux dons de l’Esprit et garder jusqu’au jour du jugement l’éclat de son baptême. Mort avec le Christ au péché, il vit pour toujours en Christ.


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